
Transcription
Original en russe · manuscrit
Lecture relue par Dmitry Karasev ; les mots encore incertains restent suivis de [?].
Une page (sans début ni fin) d'une lettre d'Alexeï à sa femme Alexandra, écrite au crayon. Son petit-fils Mikhaïl G. Dorrer a publié le texte complet de la lettre (« Мой бессмертный полк », comtemichel.livejournal.com) : il a aidé à lire les mots peu nets. Ailleurs dans la lettre, Alexeï écrit « il y a exactement un an, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1942 » : la lettre daterait donc de fin octobre 1943 (à confirmer). Lecture provisoire : [?] = mot incertain.
Texte original (russe)
[…] Тогда [?] они, конечно, нашли бы нас, и бежать
было бы некуда, но выстрелы можно было слить
с выстрелами, и я только шепнул товарищу:
бить так, чтобы не вскрикнул. Густые кусты помогали
нам, и Емельянов стукнул первого прямо в глаз,
так что никто не заметил падения. Я стукнул
второго позади уха, когда он почти прошёл меня,
но вышло дело хуже: хотя немец упал без крика,
но в куст, ветви затрещали, и сосед, окликнув его,
пошёл в эту же сторону посмотреть, в чём дело.
Один взгляд на убитого — и он поднял бы тревогу.
Я выстрелил сквозь куст, едва заметив фрица, и
он исчез, не пикнув. И мы замерли, прислушиваясь.
Слева выстрелили, но явно по птичке. Двое или
трое рассмеялись, заговорили, значит, там всё в порядке,
но последний немец упал справа, и убит ли, и если
убит, то не замечен ли. Потрескивали ветви, цепляясь за
одежду и под сапогами, и как будто в стороне. Появилась
уверенность, что не заметили и уходят по своему направле-
нию, но тут за кустом, где упал последний немец,
послышался явственный [?] шорох. Неужели он жив и
отползает? Шорох повторился. Ныряя под нижними
колючими ветками, я на четвереньках кинулся туда […]
Traduction française
[…] Alors [?] ils nous auraient trouvés, bien sûr, et nous n'aurions eu nulle part où fuir,
mais on pouvait fondre nos coups de feu dans les leurs, et je n'ai eu que le temps de chuchoter à mon camarade :
frapper de façon qu'il ne crie pas. Les buissons épais nous aidaient,
et Emelianov a touché le premier en plein dans l'œil, si bien que personne n'a remarqué sa chute. J'ai touché
le second derrière l'oreille, alors qu'il m'avait presque dépassé,
mais ce fut pire : l'Allemand est tombé sans un cri,
mais dans un buisson, les branches ont craqué, et son voisin, l'appelant,
est allé de ce côté voir ce qui se passait.
Un seul regard sur le mort, et il aurait donné l'alerte.
J'ai tiré à travers le buisson dès que j'ai aperçu le Fritz, et
il a disparu sans un bruit. Et nous nous sommes figés, l'oreille tendue.
À gauche on a tiré, mais visiblement sur un oiseau. Deux ou
trois ont ri, ont parlé : donc là, tout allait bien.
Mais le dernier Allemand était tombé à droite : était-il mort, et s'il l'était,
ne l'avait-on pas vu ? Les branches craquaient, s'accrochant aux
vêtements et sous les bottes, et comme si c'était de côté. Nous avons acquis
la certitude qu'ils n'avaient rien remarqué et s'éloignaient dans leur direction,
mais à ce moment, derrière le buisson où était tombé le dernier Allemand,
on entendit un bruissement distinct [?]. Était-il encore vivant et
rampait-il ? Le bruissement se répéta. Plongeant sous les branches basses
et épineuses, je me suis jeté là-bas à quatre pattes […]